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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 12:36

 

L’Irréversible

.

Tellement atterré de la façon

dont tournent les événements et le monde

il aiguillait vers les mots les visions qu’il portait

en lui d’une époque en voie d’extinction

Le mot abeille le mot lavande le mot olivier

Cigale thym romarin mimosa tilleul

tuiles romaines tourterelles ocre rose

petite tortues vertes pins parasols

ports avec leurs pointus alignés côte à côte

vieux pêcheurs aux visages ravinés

jeunes filles alertes revenant des vignes

en dansant des chevilles Fanny Mireïo Chantaloun

leur bras frais retenant un couffin sur l’épaule

Il ferait beau Devant l’entrée du mazet

de pierres sèches sous un chêne-vert la table

de bois tachée d’anneaux de vin où l’aïoli

attend les travailleurs qui posent leurs hottes

d‘osier une fois vidées dans la benne au raisin noir

D’un pas terreux ils approchent entre les pampres

Les grives saoules s’envolent, se reposent après

leur passage en piaillant Et voici qu’odorants

d’une sueur de soleil les saisonniers s’attablent

font pivoter la virole de leur Opinel et coupent dans le pain

trinquent de leurs fortes mains en plaisantant avé l’assent

La grand’tante les sert Ils mastiquent tranquilles

Alentour le monde n’est que lumière paix et sécurité

Oui – une époque en voie d’extinction qui jonche

ma mémoire de clichés nostalgiques comme des adieux

vu que - pour nous vivants - le Temps est sans retour...

 

.

 

 

 

 

L’horrible travailleur

.

Il s’appliquait obstinément

.

(comme une flamme haute

flagellerait le vent pour en exténuer

tout l’oxygène)

.

à user l’inspiration dictatrice

.

N’était-elle pas lancinante

d’un augment de douleur et de mélancolie

ainsi que le chant des flûtes...

.

Haleine embuée de mémoire

.

Elle gonflait la voile du coeur

avec ses recensements du monde

de ses beautés, de ses amours déçues

.

L’invisible venu de loin sur les nuages

.

Souffle pulsant la vie

vers un périple dont seuls les mots

pouvaient connaître le retour

.

Mistral devant soi poussant l’infini

 

.

 

 

 

 

 

Embrocation verbale

.

À force de mauvaises nouvelles

venues des quatre coins

de la machine ronde qui n’a pas de coins

l’on se retourne et faisant le gros dos

l’on s’acharne à écrire des poèmes

.

Des poèmes sur les choses émouvantes

et qui font plaisir

Les souvenirs heureux qui ont précédé

l’avalanche des drames

au temps où les plus beaux pins n’avaient pas

encore été abattus ou déracinés

Où les écureuils dans les branches

avec la complicité de l’air touffu dans leur queue

s’entraînaient à bondir à contre-vertige

Où les petits enfants de la famille

assis sur un escalier jouaient avec leur chaton

Où ceux que nous aimions menaient vivement

joyeusement leurs activités quotidienne

.

Où l’on avait le sentiment

(dont on repoussait la conscience qu’il était éphémère)

le sentiment exaltant que rien ne manquait

et que le soleil

. coeur palpitant

clé de la voûte azurée du monde

illuminait tendrement justice et bonheur

en nous

. comme en tout lieu de notre Terre bleue

 

 

 

 

 

Fleur d’arnica

.

Il n‘avait qu’un an

le joli petit Ezra quand Nona

lui avait tendu d’un beau jaune

une fleur d’arnica

le jour de son anniversaire

.

Il a pris la fleur dans sa main

de bambin légèrement potelée

l’a contemplée longtemps

C’était la première fois qu’il tenait

une fleur

.

Elle absorbat toute son attention

Captait passionnément son regard

comme quand un astronome

découvre avec une étoile nouvelle

le silence des espaces infinis...

 

 

 

 

 

 

Les ans inaltérables

.

La configuration du marc de café

au fond de la tasse

.

Hors du temps s’y dessinait occulte

ton nébuleux avenir

.

Idéogramme de poudre embuant

de hasard noir la pleine lune en porcelaine

.

Depuis longtemps nulle gitane

n’était plus là pour le traduire

.

Alors tu es resté obtus et perplexe

face à cette illusion de vérité

 

 

 

 

.

Pensée démographique

.

La plupart de ces êtres humains

que tu vois à la faveur des publicités,

des videos, des films documentaires

.

comme les gens en chair et en os

que tu croises dans tel ou tel lieu

bien réel et bien terrestre

.

sois conscient qu’ils ont vécu

à l’heure qu’il est passablement

moins longtemps que toi

(Il se peut - avec davantage

de plénitude !)

 

 

 

 

 

À Celle qui cajole son labrador.

.

Sereine

son petit poing fermé comme la rose des rosées

qui s’évapore en parfumant l’air

j’imagine Noélie endormie

Ses rêves orbitent autour de son front pur

ainsi que des papillons

.

Fillette jolie

quel sera ton destin

Que deviennent les fleurs flexibles sur leurs tiges

quand le vent avec ses ongles froids

les visite

pour les effeuiller pétale à pétale

.

Ton petit poing fermé

mignonne endormie

ne cède pas au vent

si cruel qu’il soit envers les roses

car ta paume

tient serrées ensemble les lignes

.

et le puissante semence d’or d’un avenir

dont je serai l’exclu

 

 

 

 

 

 

 

Paradoxes

.

Analogue à une lenteur, un adagio dans les cordes graves, la musique de ta vie accélère celle du monde. Intrigante expérience ; l’aube d’une journée, à l’époque du jardin d’enfant sur le plateau de Crête, te paraissait illuminer un futur d’une durée interminable. Tu n’envisageais pas la venue du soir lorsque, dans le bleu du matin, tu passais le portail de fer-forgé, que le sentier de graviers s’incurvait jusqu’à la statue, couronnée d’étoiles, d’une Vierge de Lourdes sulpicienne, si haute sur son piédestal harnaché de roses pompon ; contournait enfin l’aile gauche du bâtiment où se trouvait ta classe.

.

Mémoire, terrible mémoire : cette ligne qu’il fallait suivre sans renverser le verre d’eau plein à ras bord, dans la « salle de gym ». Les chants prenants des filles de quinze ans, les « grandes de première », dans la chapelle au plafond étoilé. À tes yeux de gamin, toutes semblaient admirablement gracieuses et attirantes. L’une ou l’autre remplaçait momentanément la maîtresse. Nous avions alors, nous hauts comme trois pommes, des conversations du plus grand sérieux. Elles ne se moquaient jamais des opinions auquelles nous avaient menés notre brève expérience de la vie. Au fond de mes souvenirs, pâlit doucement le visage de l’une d’elles, mince, grande, brune. Elle s’asseyait sans façons au coin de l’un de nos pupitres. Nous échangions sur mille sujets avec ardeur. Le soleil tombant par les hautes fenêtres, indiscret avare de lui-même, cueillait du soleil sur nos têtes joyeuses. En ce temps-là nous avions l’esprit vif. Le monde alentour peinait à suivre.

.

Aujourd’hui c’est l’inverse. Au pays de l’âge cassant, des impressions ralenties, des gestes mal assurés, le monde extérieur a pris tellement de vitesse, que c’est toi qui t’essouffles à vouloir le suivre après trois quarts de siècle. Sommé de continuer à lire, écrire, guetter le sens des choses, agir en somme : alors que l’énergie dont ta jeunesse maladive t’avait chichement pourvu, s’est encore amenuisée depuis. Ce qui te pousse insensiblement vers une inertie qui faisait dire paradoxalement à Joe Bousquet que l’homme immobile est le plus rapide de tous.

 

 

.

 

 

 

Volet roulant relevé...

.

Il y a encore un matin, ce matin. Orné d’un jet de soleil qui transforme les parois de la chambre en ocre et or. Les corbeaux sont venus du bois de Vincennes assister du haut des pins, si paisibles, et des peupliers blancs, à l’irradiation de l’aube. Ici, pour rivaux ils n’ont que les pies ; les merles ni les passereaux ne sont de taille. Le jardin à distance est encadré d’immeubles, les animaux qui le connaissent sont sûrs de n’être pas dérangés. Les chats qui le traversent, rarement, dans la journée, sont bien fourrés, gros et gras. Ils font peut-être la chattemitte, comme disait le Poète, mais certainement pas la chasse, mythe pour eux périmé ! Leur nonchalant effort est d’aller, du pas élastique et désabusé des aventuriers qui se savent les princes de la rue, sur un coin de terrasse au béton attiédi. Mais ils ne se laissent approcher, caresser à peine, qu’à leur heure. C’est-à-dire lorsque une personne du genre fada des chats leur apporte en offrande un reste de poulet, voire un poulet entier cuisiné pour eux. Quant au reste de la journée, le programme en est simple : se toiletter longuement, soigneusement, assis au-milieu de sa queue, en se léchant le revers d’une patte qu’on se passe derrière les oreilles. Petite langue rose-aurore ! Ensuite, s’affaissant d’un mouvement voluptueux, se préparer à s’assoupir la tête sur les pattes avant, non sans surveiller d’un œil fixe, mais vague, le monde environnant. Jusqu’à ce qu’un soupir éteigne la lueur des prunelles fendues, que rallume en sursaut, comme un bref coup de vent ranime un feu de camp, le froissement d’un battement d’ailes de tourterelle dans les feuillages… « Tu as vu ? Sur le mur il y a mon chat gris et blanc au pelage de nuage.. » Aïlenn dit que c’est « son chat » mais elle ne l’a jamais approché. Comme le soleil, ce chat-là est signe qu’il y a encore un matin ce matin ! À chacun ses dieux.

 

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13 mars 2020 5 13 /03 /mars /2020 12:34

 

 

 

 

Le Soleil

.

Tel ce bagnard d’autrefois

condamné à casser des cailloux en sachant

que son labeur ne profiterait à personne

.

dans ce monde instable qui tue en premier

les cigales et les papillons aux ailes de vitrail

où chacun négocie avec sa mort comme il peut

.

lui jouait avec les mots de la tribu

et s’adonnait à des poèmes en vers lents

qui champaient comme des poussignons

.

Il brassait les syllabes pour se sentir

un instant libre de la langue-mère

et de ses concrétions cristallines

.

Il s’emparait des choses par la pensée

en déclinait les facettes qu’il avait

taillées dans la lumière

.

S’avançant sur le tapis sanglant

de sa nuit vers son destin comme un roi

qu’on va bientôt couronner de silence

.

entre deux haies de fantômes inutiles

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11 février 2020 2 11 /02 /février /2020 17:21

Une parcelle immatérielle
.
Cette insaisissable Beauté, Aïlenn, qui chavire
l’âme, je la retrouve sur le visage de ce bambin
croisé au supermarché ou de cette jeune femme
qui s’absorbe dans la consultation des étagères
pour n’oublier aucune des choses dont a besoin
son foyer, plus troublante encore sur le visage
de cette dame âgée dont les yeux bleu-lessive
reflètent sous les frisette blanches qui rebiquent
une insondable bonté. Chaque fois ces êtres-là
emportent avec eux une parcelle immatérielle
de moi. Chaque fois le féminin me dépossède,
comme le soleil en glissant outre la montagne
dépossède un moment l’univers de sa lumière
– jusqu’au jour prochain, au suivant, au suivant...


 


Cristal obscur
.
Inconnu par la baie de la chambre
le babil de cet oiseau dans un bouleau
du jardin mais on ne voit
qu’une grosse tourterelle à contre-ciel
sur une ramille en train de se lisser 
le duvet sous l’aile gauche
Cristal obscur ce babil d’un emplumé caché 
Preuve qu’existent des langages 
dont l’intense poésie dissimule 
tout ensemble et le sens et le message !

 

.

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:56

  

 

Saguaros

.

Les bras levés ce cactus candélabre

photographié dans le désert de Sonora

semble s’adresser au ciel indifférent

Il est grisé de vent et de poussière

.

À quoi font-ils penser lui et ses pareils

de loin en loin disséminés sur l’étendue

ainsi que d’immobiles pèlerins solitaires

clichés tandis qu’ils migrent vers la mer

.

Toute idée de promiscuité les hérisse :

ils n’ont d’autre désir que d’atteindre

l’endroit où le couchant déploie ses ors

fastes et splendeurs inapprochables

 

.

 

  

 

Hymne archaïque

.

Ils ont chanté pour donner un peu de vie

à leurs rêves agonisants

Un crayon même à la mine usée

peut devenir ce pistil où la poésie

vient sucer le nectar argenté des paroles

Bien sûr l’abeille à l’abdomen de velours fauve

est beaucoup mieux bourdonnante et réelle

ses fines pattes poussant la tête tour à tour au fond

(tout au fond) de l’entonnoir nacré de chaque lis

Elle colporte à son insu de la poudre de soleil

dans son pelage frotteur d’étamines

Elle est consciencieuse Ne manque pas une seule

des corolles à hexapétales de la Création

Puis rentre avec son butin par la fente de la ruche

pareille à celle d’une boîte aux lettres

et s’en va le déposer dans les alvéoles

d’un gâteau de cire – petites et serrée comme chez

ma mère les tomettes du sol de la cuisine

d’où je scrutais aux aurores les essaims

de tourterelles qui tiraient de l’aile

vers les ruches bleues des Maures tandis que me venait

l’envie de jouer de la flûte ou de relire – ...γκωμίων γὰρ

ἄωτος ὕμνων, ἐπ᾽ἄλλοτ᾽ἄλλον ὥτε μέλισσα

θύνει λόγον… - la dixième Pythique de Pindare… *

 

 

* Car de louanges

la fleur de (m)es hymnes, de l’un à l’autre (telle l’abeille)

discours s’élance...

 

 

 

 

Au jardin silencieux

.

Tremblante distance de l’air torpide

si chaud que les cigalons font la sieste

.

La lumière du pan de mur chaulé

n’éblouit dans l’après-midi aphone

que les verdeurs du tilleul qui veille

.

Lorsqu’est gris le temps sur la ville

je tourne mes pensées vers ce mur

d’un village du sud dont me suit

l’image fétiche depuis mon enfance

.

Il est orné d’une touffe de jourbarde

sur la crête fichée dans une lézarde

.

Discret poème dont rime le souvenir

ému avec celui de grands-parents

somnolents en leurs transats

.                                                           au jardin

silencieux où stagnaient les papyrus... 

 

.

1999

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:54

La rouerie du poème

.

Il est insolite que si souvent

je découvre sous les mots

jadis écrits par moi autre chose

que ce que j’avais cru

.

Heureux qui n’eut que la responsabilité

de parler ou d’écrire matériellement

sans avoir celle de ce qui est dit

et qui change sous les mots selon

l’heure et la lumière du jour

.

Ce sentiment que sous la pensée

le langage se dérobe

ainsi qu’un malin démon

tirerait le tapis du chemin

sous vos pas – déjà mal assurés !

.

Dans forêt lointaine se moque

le coucou pareil à l’écho

qui nous renvoie obstinément

la question qu’on a criée

depuis notre petite enfance...

 

 

.

 

 

 

Sur la route d’Antibes

.

Stèles innombrables

Cordillère de marbre Cieux saphir

À perte de vue les montagnes sont le cimetière du Temps

De l’autoroute à l’est elle ferment le paysage

En imagination je vois - gschii fgschaa gschii gschaa -

godiller par milliers dans des geysers de poudreuse

les skieurs qui dévalent aux pentes d’Isola 2000

.

Voyez parmi ces traceurs de méandres

mon petit-neveu

Il a de magnifiques lunettes bombées d’un noir irisé

sous son casque à la mode

Une tenue rouge et des skis Atomic

tout neufs (Ils brillent d’éclairs de soleil)

La froide chaleur du grand air lui a rougi les joues

.

J’ai vu un film où des files de touristes

viennent escalader en procession l’Éverest

profanant sa hiératique beauté

Piolets camps de bases masques à oxygène déchets

partout Certains montent qui ne reviendront pas

On apprend là-haut parfois trop tard que c’est un mirage

de croire que la Nature se soit laissée asservir

.

Ne guettez plus les dieux sur les sommets déserts

À perte de vue les montagnes sont le cimetière du Temps

 

.

 

 

 

À l’heure du déclin

.

Langoureusement sur la nappe lacustre s’étire

tacheté par des nénuphars un poulpe de nuage

au ciel imité par son jumeau de couchant rose

.

Le soleil lui-même a déjà disparu Dents noires

la forêt des sapins l’a croqué depuis longtemps

n’en laissant au loin que les os blancs des cimes

.

Un escargot fermé courbe une tige de graminée

à laquelle il s’est suspendu durant l’après-midi

La brise le berce Est-il endormi À quoi rêve-t-il

.

Peut-être à sa coquille À sa spirale qu’il pense

développer sans fin sur le modèle des galaxies

Aux bipèdes qui tout écrasent sans rien voir

.

Mauvais géants que n’émeut point la senteur

fraîche de l’herbe au crépuscule ni les trilles

d’un rossignol de cristal qui tient tête à la nuit

 

 

 

.

 

 

 

Trois lis de neige

.

Graines enfouies un peu partout dans le terreau

des poèmes vous êtes

(à l’insu des lecteurs)

de l’avenir en germe

obstiné

comme dans l’amande un amandier en fleur

.

Chansons prenantes

vous offrez votre mélancolie d’automne

jonchée de feuilles polychromes

aux arômes de vie et de mort dans l’air

entrelacés

comme chèvrefeuille autour du coudrier

.

La source occulte sous les mousses

le ruisseau transparent sous les joncs reflétés

la nuit réfugiée au coeur du rocher

que s’efforce bruyamment d’atteindre la mâchoire

baveuse de la vague

Mais qui dira tout ce qu’il fallait dire ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Paroles, paroles !

.

Cette légèreté avec laquelle on traite souvent

les poètes me fait penser aux gestes des gens

qui sur le point de saisir une queue de poële

brûlante à peine effleurée en retirent leur main

.

Que savons-nous de ceux que consume une vie

emprisonnée entre les barrières à claire-voie

d’une langue maternelle constamment confrontée

à l’indicible qui la fuit en s’esquivant vers les nues

.

Plutôt que de vouloir saisir le barreau chauffé

au rouge ou le bâton merdeux si nous parlions

paisiblement du paradis que nous connaissons

qui n’est pas moins infernal que celui d’Orphée

 

.

 

 

 

 

 

 

Sur le quai

.

En plein jour ce fantôme qui circule effrontément

entre nous et vient me prendre à la gorge

et la serre d’un tiède lacet de soleil

n’est-ce vraiment que l’anxiété du départ

.

L’impression que la nappe de la mer

se retire et que ce pourrait bien être pour toujours

.

Dans les pins déracinés par l’ouragan

un écureuil qu’on ne voit pas grignote en hâte

les pommes de pin avant qu’elles ne moisissent

.

Ce sont de petits – ou grands – faits concrets

que la vie change en souvenirs destinés

à macérer dans nos âmes fragiles

.

L’impression que la nappe de la mer

se retire en ne laissant que squelettes de bois flottés

.

Tout cela finira sous forme d’une décoction

de regrets couleur d’ambre ou de roses-thé

qui se fanent comme dans un vers d’Apollinaire

Si grandes soient nos amours peut-on guérir de sa mère

 

 

.

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:53

Par la fenêtre
.
Dehors se trouve un monde étrange
Des villages bas avec une rue centrale
et des croisées noires où de blancs rideaux 
retombent sur des faces intriguées
Elle n’aiment pas qu’on voie leur curiosité
s’interroger sur le garçon en moto crépitante
qui tourne au coin de l’unique carrefour 
ou le type trapu qui sort du bistrot en lissant
machinalement sa moustache le pouce  
glissé sous la bretelle gauche d’une salopette
de jardinier Ailleurs il y a des villes pleines
de manifestants avec des pancartes vengeresses
Sur d’autres continents des milliers de bipèdes
se mutilent réciproquement par tous les moyens
Indifférents à ce que les mines dont ils ont
piégé les champs blessent des enfants innocents
Dans les belles villas des bords de mer des oisifs
regardent à la télévision des soaps dont les acteurs
font semblant de vivre des drames sentimentaux 
avant de rentrer chez eux se cuire des spaghettis
aux œufs ou se faire livrer d’énormes hamburgers
En des régions énigmatiques à Grandes Murailles
on mange du chien découpé en cubes minuscules
avec des baguettes en bambou On soigne le mal 
de tête avec du venin de mygale On se frotte
les tempes avec le baume du Tigre ou encore
on s’enfarine la face et les bras de cendres
Et tout cela n’est rien que miettes de ce qu’on
pratique d’ordinaire dans les diverses sociétés
qui composent l’Humanité - Alors oui Je peux
affirmer que dehors se trouve un monde étrange


.
Avec ou sans nous...
.

Des idoles noires aux masques cornus
grimacent au fond d’une ronflante ruche de ténèbres
J’y creuse un tunnel de songe et tout au bout
de ma pensée au loin j’entrevois une arche claire
.
Il y a face à la mer un immeuble de balcons et de vitres
Au quatrième étage qu’illumine le soleil sitôt quitté
le giron bleu des eaux jusqu’à l’horizon dépoli
des femmes aimées sont aux prises avec la vie 
.
Demain les mouettes vont annoncer en criant
la lumière Des engins pétaraderont dans l’avenue
Des gens en tenue de jogging longeront la plage
en respirant l’air frais à l’odeur d’écume et de sel
.
Comme si la terre devait tourner éternellement

 

 

Conversion
.
Le feu des premiers rayons une nouvelle fois
blanchit entre les pins les façades des villas
Vois disait l’aède s’enfuir tes jours à la plume rapide
Chacun emportant comme graine d’or 
loin au-delà du paysage un clin de la beauté
que quelque bonne fée t’avait confiée à ta naissance
.
Et chaque fois c’est une ride neuve à graver ton visage
mais un poème en moins à grever de sa noirceur d’encre
ton âme qui finira par n’être plus rien que lumière

.

 


Préfiguration
.
Or voici l'heure du chien noir 
Museau pointu il s'avance debout
peint sur la paroi de la nuit 
sa balance à la main
.
Terrifiés même les petits cauchemars se taisent
Ils frissonnent comme des grelots
puis vont se réfugier sous les souvenirs patinés
qui meublent ta mémoire 
.
La Belle au loin mène une lutte héroïque
au chevet de toutes les douleurs
De l'autre côté du monde il fait jour
épidémies guerres incendies se propagent 
.
Hécatombes d'animaux et d'humains 
Que peut l'instinct d'aimer quand la folie
gagne tous les continents
et de ses mauvais spasmes contamine la Nature

.

Novembre sur la fin
.
Fiancées du soleil et du vent 
Feuilles qui frémissez d'un désir 
longtemps déçu d'envol 
que ne satisferont que des heures
de sang et d'or 
.                           Feuilles indéchiffrables 
m'abandonnerez-vous avec détachement 
à la nuit solitaire dont vous êtes nées 
tandis que vous serez soulevées jusqu'aux 
nuages et comme eux emportées
outre monts inconnus et vallées 
dont les reflets seuls par les fleuves 
glissant finiront mêlés à la turquoise mer
environnés d’une odeur d’encre et d’anis
.
Mon bonheur sera qu'un soir
oboles ambrées de mon automne
l'une ou l'autre d'entre vous 
victime d'un enfant admiratif 
se retrouve engeôlée dans les pages 
grillagées de son cahier d'écolier 
amande aurore oubliée par le temps 
comme un pharaon au secret de son hypogée 

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 09:51

Par la fenêtre

.

Dehors se trouve un monde étrange

Des villages bas avec une rue centrale

et des croisées noires où de blancs rideaux

retombent sur des faces intriguées

Elle n’aiment pas qu’on voie leur curiosité

s’interroger sur le garçon en moto crépitante

qui tourne au coin de l’unique carrefour

ou le type trapu qui sort du bistrot en lissant

machinalement sa moustache le pouce

glissé sous la bretelle gauche d’une salopette

de jardinier Ailleurs il y a des villes pleines

de manifestants avec des pancartes vengeresses

Sur d’autres continents des milliers de bipèdes

se mutilent réciproquement par tous les moyens

Indifférents à ce que les mines dont ils ont

piégé les champs blessent des enfants innocents

Dans les belles villas des bords de mer des oisifs

regardent à la télévision des soaps dont les acteurs

font semblant de vivre des drames sentimentaux

avant de rentrer chez eux se cuire des spaghettis

aux œufs ou se faire livrer d’énormes hamburgers

En des régions énigmatiques à Grandes Murailles

on mange du chien découpé en cubes minuscules

avec des baguettes en bambou On soigne le mal

de tête avec du venin de mygale On se frotte

les tempes avec le baume du Tigre ou encore

on s’enfarine la face et les bras de cendres

Et tout cela n’est rien que miettes de ce qu’on

pratique d’ordinaire dans les diverses sociétés

qui composent l’Humanité - Alors oui Je peux

affirmer que dehors se trouve un monde étrange

 

 

 

 

.

Avec ou sans nous...

.

 

Des idoles noires aux masques cornus

grimacent au fond d’une ronflante ruche de ténèbres

J’y creuse un tunnel de songe et tout au bout

de ma pensée au loin j’entrevois une arche claire

.

Il y a face à la mer un immeuble de balcons et de vitres

Au quatrième étage qu’illumine le soleil sitôt quitté

le giron bleu des eaux jusqu’à l’horizon dépoli

des femmes aimées sont aux prises avec la vie

.

Demain les mouettes vont annoncer en criant

la lumière Des engins pétaraderont dans l’avenue

Des gens en tenue de jogging longeront la plage

en respirant l’air frais à l’odeur d’écume et de sel

.

Comme si la terre devait tourner éternellement

 

 

 

 

 

Conversion

.

Le feu des premiers rayons une nouvelle fois

blanchit entre les pins les façades des villas

Vois disait l’aède s’enfuir tes jours à la plume rapide

Chacun emportant comme graine d’or

loin au-delà du paysage un clin de la beauté

que quelque bonne fée t’avait confiée à ta naissance

.

Et chaque fois c’est une ride neuve à graver ton visage

mais un poème en moins à grever de sa noirceur d’encre

ton âme qui finira par n’être plus rien que lumière

 

.

 

 

 

 

Préfiguration

.

Or voici l'heure du chien noir

Museau pointu il s'avance debout

peint sur la paroi de la nuit

sa balance à la main

.

Terrifiés même les petits cauchemars se taisent

Ils frissonnent comme des grelots

puis vont se réfugier sous les souvenirs patinés

qui meublent ta mémoire

.

La Belle au loin mène une lutte héroïque

au chevet de toutes les douleurs

De l'autre côté du monde il fait jour

épidémies guerres incendies se propagent

.

Hécatombes d'animaux et d'humains

Que peut l'instinct d'aimer quand la folie

gagne tous les continents

et de ses mauvais spasmes contamine la Nature

 

.

 

 

 

Novembre sur la fin

.

Fiancées du soleil et du vent

Feuilles qui frémissez d'un désir

longtemps déçu d'envol

que ne satisferont que des heures

de sang et d'or

. Feuilles indéchiffrables

m'abandonnerez-vous avec détachement

à la nuit solitaire dont vous êtes nées

tandis que vous serez soulevées jusqu'aux

nuages et comme eux emportées

outre monts inconnus et vallées

dont les reflets seuls par les fleuves

glissant finiront mêlés à la turquoise mer

environnés d’une odeur d’encre et d’anis

.

Mon bonheur sera qu'un soir

oboles ambrées de mon automne

l'une ou l'autre d'entre vous

victime d'un enfant admiratif

se retrouve engeôlée dans les pages

grillagées de son cahier d'écolier

amande aurore oubliée par le temps

comme un pharaon au secret de son hypogée

 

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25 janvier 2020 6 25 /01 /janvier /2020 10:17

Lancinante survie
.
Le sommeil éteint la nuit puis le mirage
de vivre rallume le noir bien avant le jour
Ce zinzinement presque imperceptible
c’est la « clim » et ce chiffre lumineux
là-bas - 05.21 - c’est l’heure du silence
.
Nous voici passés de l’autre côté du temps 
Dans notre dos s’agite une mer de mémoire
Siècles sur siècles contre les vestiges bleus
des Atlantides viennent inlassablement
s’épancher tour à tour en nappes d’écume
.
Regards verts chevelure de céréales dorées
à travers de successifs tunnels de solitude
la Belle aimante nos songes accaparés
par l’impérieux besoin d’aimer et bientôt
ce phénix mystérieux ravivera le firmament
.
où l’ardente Vénus dure malgré l’aurore


.
 

Aziluth, deux fois neuf
.
L’infini spiralé grâce à quoi le paon du jour
aspire le nectar des corolles de lumière
comme j’envie sa finesse et son déroulement
quand il se transpose en opercule de nacre
en coquille de colimaçon en toile constellée 
de rosée maelström cyclone galaxie arachnéenne 
Comment se fait-il que sa fonction reste cachée ?
Que seules les irisations de larmes convulsives
dévoilent à nos yeux les segments d’arc-en-ciel 
qui signent sa présence d’ordinaire indétectable ?
À peine le pressentent les oiseaux du vent marin
ou les sabots de la nuit qui grogne sous les chênes
en prospectant les feuilles tapissées de glands 
comme s’y adonnent tels poètes à l’esprit planant
mais aux pieds maladroits lorsqu’ils consultent
à l’instar des trappeurs du Grand Nord l’étendue 
immaculée pour y déceler traces et caractères
laissés dès l’entre chien et loup par les élans du jour

      
.


Au-delà du siècle
.
Pas une seconde loin de toi – ma pensée,
en ces temps de force nécessaire et d’épreuves...
La pierre où se grave le signe 
est l’impossible, mais vrai, rempart des amours :
la parole réunit ce que vivre sépare
faisant de l’impossible un impavide amour…
L’amour qu’auront cristallisé les mots
même quand il n’y aura plus sur cette terre
que nuages et feux-follets pour les déchiffrer,
même quand seront toutes les larmes
taries et qu’il ne restera plus pour pleurer 
que les sources filtrant des paupières 
minérales de monts inhabités, 
même quand l’argyre du poème depuis 
longtemps sera retourné au silence...


Gravité folâtre
.
Vaillance du papillon dévoué à la rose
en dépit de ce monde qui depuis des âges
n’est plus un jardin 
.                                  Écoute le frôlement,
le froissement soyeux, mystérieux des années,
en organza de soleils à la moire fanée
Malgré le ciel - brûlant et glacé tour à tour -
elles ruissellent réfractaires aux ténèbres
comme à la lumière 
.                                    Telles ces fenêtres
en lesquelles s’éteint la fleur rouge du soir
indéfiniment au même instant où dans nos veines
le sang chasse le sang en réglant les secondes
sur le pas de l’inéluctable avenir
.                                                          Celui qui pétrifie
en une même inanité l’aimer le vivre et le mourir

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 16:27

Prairie d’Opio le matin
.
Cette herbe haute qui ondoie
et dessous la luisance du pré
suggère un micromonde,  
on dirait une touffe non de sauge
mais de songe - qui inspire...
Fourmi l’on s’imagine multipattant
entre les tiges ombreuses aux tailles de troncs
verts fichés dans la fine poudre
brune du sol à peine sec où parfois il y a
un énorme gravier blanc à contourner
tandis que les tourterelles roucoulent
et que somnambule va sans but
par la lointaine clairière des rosées
la Belle au bois dormant
mouillant sa robe de bal...

.
 
 

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21 janvier 2020 2 21 /01 /janvier /2020 11:44

 

Au miroir d’un feu de branches
.
Dans le soir la flamme balance haut ses épis 
dont les tiges fusent vers les petites étoiles
L’odeur de la fumée restaure alentour
l’atmosphère des origines, les grottes
profondes où des ombres esquissaient 
aidées de l’enseignement crépitant du silence
les contours fantasmagoriques des choses
pour inspirer aux premiers bipèdes
la conscience de ce qui vit et ne vit pas


 

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