Sur les mots "palmes de lumière"
Il ne reste plus beaucoup de place dans nos livres
- ni peut-être sur la planère ? - pour le langage doré...
Le vent lui-même cherche un endroit sûr, où semer
les graines de ses chansons - assorties de parachutes -
et, sans pouvoir se décider, volte et virevolte autour
de nous, jusqu'à pousser parfois des hurlements
qu'on tend spontanément à prendre pour du désespoir.
Plus beaucoup de place dans nos livres pour le langage
doré ! Le moindre effort de rhétorique au milieu
d'un poème fait l'effet d'une verrue sur le nez de Vénus.
La moindre exclamation dans le constat du drame
quotidien passe pour un effet grandiloquent
et ridicule. Toute beauté semble plaquée. Les images
les plus vraies, les plus singulières : des incongruités !
Homère, Archiloque, Sappho : des vieilleries, pour
la foule juste bonnes à être oubliées. S'il me prend
à évoquer ces "palmes de lumière" qui pourtant sont,
dans mon pays, une expérience immédiate et tangible,
le commentateur stigmatise ce "cliché d'un symbolisme
dépassé". Comme si le seul critère de "réalité" de notre
langage actuel s'appréciait à la dose d'ennui, de grisaille,
de banal délire "démocratique", qu'il est apte à générer.