Des poèmes, et de la réflexion sur le "poétique". Dans la simplicité. "comme un bruit de source..." Nouveaux poèmes de Xavier Bordes

L'Upiane II
Avant que les rayons du jour n'aient irradié les crêtes je suis parti la lune pâle à ma tempe droite à travers l'ombre veloutée des pins Mes pas crissant sur les aiguille brunes faisaient fuir les pies bavardes
Là-bas la grande maison silencieuse s'éloignait avec la soeur dormant dans sa chambre étroite et le petit neveu dans son pyjama bleu qui déambule entre les pièces pénombreuses sur la pointe de ses pieds nus pour ne pas déranger de jeunes parents endormis
Je suis monté dans les collines pour trouver l'endroit désert où je pourrais en paix jouer de cette kéna de roseau faite pour moi par un indien de Bolivie et qui m'aide si bien à méditer sur les secrets de l'univers
Ô mélodies venues du fond des temps ruines de Saxahuaman et civilisations étranges enfouies Musiciens morts que j'ai connus flûtes bombos et cordes grêles ponchos au vent déployant leurs vives couleurs visages sombres taillés à la serpe hermétiques comme des poings fermés masquant leurs pauvres chaleureuses amitiés
Alors avec ma flûte au long des trottoir de villes qui m'ignoraient je traversais des régions aux paysages inconnus des voix de femmes aigrelettes chantonnaient dans ma tête Des complaintes vieilles comme sont les peuples oubliés Recuerdos de Calahuyo Chutunqui Chacarera de Jacinto Blanca palomita Sonkoy waira revenaient instinctivement sous mes doigts et je marchais indéfiniment dans ces songes historiés comme sur des tapis chamarrés
Là-bas la grande maison avec la soeur s'éveille les pies se disputent dans les pins le frère ami s'est en allé vers les travaux dont il ne peut se passer doucement s'est refermé le portail aux grilles automatiques un écureuil souple sinue de branche en branche avec sa queue ébouriffée le chat roux pensif a tourné le dos au soleil levant
Quand la flûte se tait le vent prend le relais dans les plus hautes frondaisons Les premières motos pétaradent dans la vallée Quelqu'un ouvre quelque part des volets qui claquent une autre vie reprend
Nous n'aurons plus jamais vingt ans et depuis l'amour a tellement changé !