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Des poèmes, et de la réflexion sur le "poétique". Dans la simplicité. "comme un bruit de source..." Nouveaux poèmes de Xavier Bordes

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Foudre verte révision

                                                         Foudre verte


à ma Mère


Et toi tandis que gronde le cristal des orgues et le dies irae de l'orage dehors


toi petite et fragile et mince comme honteuse d'en être réduite à tes os et réfugiée dans le chêne entouré de chrysanthèmes et de cierges d'où rayonne de profundis un astre noir toi


tu n'entendras pas ce poème-ci mais seule sous la dalle où est gravé ton nom dans cette grande nuit qui moi-aussi m'attend béante porte noire si tu peux quelque chose entendre ce ne sera rien que le froissement solennel de l'air dans la couronne des pins quelques roucoulements de tourterelles et au-delà


des murs du cimetière un poème qui n'est pas mien l'effrayant poème ordinaire du monde écrit comme sous la dictée d'une verte tramontane poussant à travers une âme incendiée les mots des mots roussis ainsi que feuilles mortes


mots qui seront un jour entassés avec les anciennes télévisions les radios les innombrables machines qui ont plu déluge de ferraille et de plastique sur l'humanité et sans doute brûlés dans un immense autodafé d'où s'envoleront des millions de pages tel un envol de corbeaux noirs qui tirent d'aile en direction de la lumière


là-bas où nimbée d'une éternelle aurore et ceinte d'une écume immaculée l'Île d'Emeraude continue de rayonner bonheur et liberté sous la forme d'une apparition souriante sur sa conque jeune femme à jamais blonde en cheveux jambes longues avec pour clef de voûte un rien de mousse parfumée Aïlenn qui descend fouler d'un pied menu la cendre de la grève la change en pollen doré


puis s'avance sous les allées ombragées de cytises et de cerisiers en fleur


Et la voici qui lave sa nudité claire dans la fraîcheur des fontaines hume l'anis et le thym l'odeur salace des roseaux coupés par des faunes cachés sous les buissons à pleins poumons soufflant dans leurs syrinx pour fêter la Belle-enfin-arrivée


Ici elle cueille un lys, une rose plus loin comme si elle attendait de la sérénité matinale où la pleine lune dans l'azur s'attarde à verser une ou deux larmes laiteuses que tombe une foudre verte un poème empenné de phrases vibrant longuement au coeur du silence après avoir franchi le seuil de l'infini par la porte incarnat de ses lèvres


Un poème qui redirait l'amour du monde que croyait avoir perdu dans la noirceur des jours de deuil et les hymnes funèbres le poète désespéré.


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