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Des poèmes, et de la réflexion sur le "poétique". Dans la simplicité. "comme un bruit de source..." Nouveaux poèmes de Xavier Bordes

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La vie en rose


La vie en rose


 

De ciel et de vent

Le bruit de l'ombre

Les oiseaux ne sont pas passés

ce matin Par la vitre

le déroulement ordinaire des choses

C'est temps de fête et chacun

explique qu'il faut être gai

et voir la vie en rose

 

Moi je la vois plutôt grise

et trottinant comme un mulot

ma vie en cherchant

à passer inaperçue

Mais s'efforçant de vivre

caché de nos jours réussit-on

pour autant à vivre heureux

 

De ciel et de vent

Le bruit de l'ombre

Cliquetis d'os secs à l'invisible gibet

Et par la fenêtre le mélancolique

et constant éloignement des choses

Sous la neige la terre s'apprête

C'est temps de fête

Chacun se force à voir la vie en rose




 

 

 

 

Agnès (Chanson)

Colombes d'ardoise rousse
à l'angle du toit et soleil
de pluie entre les peupliers blancs

Le vent froisse les âmes grises des passants
A la boulangerie une clarté rougâtre
vient de s'allumer Sans doute met-on
en rayon les pains chauds comme seins

Colombes d'ardoise noire
au revers des nuées et vestiges
de nuit entre les peupliers blancs

Derrière le comptoir la jeune serveuse rêve
en attendant que tinte la porte vitrée
pour le premier client Viendra-t-il aujourd'hui
le bel inconnu après lequel elle soupire

Colombes d'ardoise bleue
au milieu de l'azur et lune
glacée du matin sur les peupliers blancs

- Agnès Cesse donc de rêver Ne vois-tu pas
que le Monsieur attend -   Et pour vous ce sera
- Une baguette et six croissants Agnès est toute rose
- Pardon monsieur voici votre monnaie

Colombes de bronze et d'or
d'une façade à l'autre et soleil
vert sur l'avenue aux peupliers blancs

Agnès Agnès cesse donc de rêver Es-tu donc
si pressée de souffrir à cause d'un galant
A cause d'un menteur qui te tiendra l'épaule
dans la rue et t'emballera par son boniment

Colombes de grès triste
au faîte des maisons et soleil
blême au-dessus des peupliers blancs


 

 

Cette clarté...


 

Cette clarté réfléchie

sur la page où l'écrit ondule

 

comme au pied d'un roseau

le reflet des choses

sur le bleu d'un étang

 

Feu et cendre anciennes

Grands auteurs consumés

Phrases par le rêve désertées

 

Qui se soucie encore d'écrire

quand l'art de lire est oublié ?


 

 

 

Cassandre

 

Elle parlait de ses rêves comme si la nuit

ne devait jamais finir et, par la vitre,

elle guettait ceux des nuages qui avaient,

affirmait-elle, des formes où se lisait l'avenir.

 

Fragile dans sa grâce, l'épaule et le cou

déliés comme une Isis antique, des frisons dorés

sur la nuque et près de l'oreille – rose coquillage ! -

elle marchait comme si c'était l'air et non le sol qui la portait.

 

Et les passants se retournaient, avec dans leurs regards,

une sorte de joie étrange, mi-incrédule,

mi-émerveillée, puis continuaient leur route

 

avec un hochement de tête vaguement songeur.

Que l'on pût, dans la rue, croiser tant de beauté

par un gris matin de janvier, était-ce mirage ou miracle ?



 

 

Tes années

 

Tes années seront donc passées comme un songe

ponctué, en hiver, de joyeux sapins de Noël.

Ce que tu auras pu découvrir de la Terre

tiendrait sans peine dans un dé de couturière.

 

Pourtant tu as cherché ! Allant jusqu'aux frontières

où les mirages des Palmyres tremblent à l'orée

de cette éternité qui dissout dans les sables,

et la brique des siècles, et la trace des hommes.

 

Tu as cherché parmi les vestiges épars

de langues disparues, d'émotions dispersées,

avec l'espoir de retrouver quelque message

occulte et demeuré inaperçu. Tu as rêvé

 

sur Archiloque et Thucydide, Héraclite

et Plotin, Thomas d'Aquin et Chrysostome,

sur Augustin, Jamblique, Confucius, l'Avesta,

sur Maha Kacyapa, le Taô, les Meneurs de Brume,

 

Duns Scot, Eckart, Siméon le Nouveau Théologien,

Paracelse, bref, tout ce qui était à portée d'esprit :

tu tissais une invisible toile de poèmes et d'idées

pensant qu'à force de patience et ravaudages

 

et griffonnages, tu verrais dans cette toile, un jour,

venir se prendre cet Archange qui a si souvent

illuminé tes songeries, et nourri tes espoirs.

Sans doute était-ce en vain car il n'est pas venu.



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Commenter cet article
S
Cette clarté...<br /> <br /> ..."Qui se soucie encore d'écrire<br /> quand l'art de lire est oublié ?"<br /> <br /> Et que dire de ceux qui lisent sans commenter...<br /> J'ai lu "voeu" dans l'anthologie de Gallimard, quel plaisir de vous savoir ici.
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